Phonebox et sécurité incendie : sont-elles vraiment conformes aux normes ?

Les cabines acoustiques fermées se sont multipliées dans les bureaux ouverts et les espaces de coworking ces dernières années. Leur promesse est simple : offrir un volume clos, isolé du bruit, pour passer un appel ou se concentrer. La question de leur conformité aux exigences de sécurité incendie reste pourtant mal documentée, surtout lorsque ces cabines sont installées dans des établissements recevant du public (ERP).

Classement au feu des matériaux : le point de départ pour toute phonebox

Avant même de parler d’aménagement ou de ventilation, la conformité d’une phonebox se joue sur les matériaux qui la composent. En France, les matériaux de construction et d’aménagement intérieur sont classés selon leur réaction au feu, sur une échelle allant de M0 (incombustible) à M4 (facilement inflammable). Ce classement national coexiste avec le système européen (Euroclasses A1 à F), qui tend à s’y substituer dans les textes récents.

Une cabine acoustique combine souvent plusieurs types de matériaux : structure en bois ou en métal, panneaux composites, mousses acoustiques, revêtements textiles. Chaque composant doit être évalué séparément pour son comportement au feu. Un panneau de bois brut ne réagit pas comme un panneau traité avec un retardateur de flamme, et une mousse acoustique non classée peut poser un problème réglementaire dans un ERP de catégorie 1 à 4.

Les fabricants sérieux fournissent les procès-verbaux de classement au feu de leurs matériaux. L’absence de ces documents dans la fiche technique d’une phonebox accoustique constitue un signal d’alerte pour un responsable sécurité ou un bureau de contrôle.

Réglementation ERP et phonebox : ce que les textes prévoient (et ce qu’ils ne disent pas)

Les ERP sont classés en cinq catégories selon leur capacité d’accueil. Les quatre premières catégories sont soumises à des obligations strictes en matière de sécurité incendie, portant notamment sur les matériaux d’aménagement, les dégagements, la détection et le désenfumage.

Le problème spécifique des phonebox, c’est qu’elles ne correspondent à aucune catégorie d’équipement clairement définie dans le règlement de sécurité contre l’incendie. Elles ne sont ni du mobilier au sens classique, ni des cloisons, ni des locaux à part entière. Cette zone grise réglementaire complique l’analyse de conformité.

En pratique, la commission de sécurité ou le bureau de contrôle va examiner plusieurs critères :

  • Le classement au feu des parois, du plafond et du sol de la cabine (les exigences varient selon le type et la catégorie de l’ERP)
  • L’impact de la cabine sur les circulations et les dégagements (une phonebox mal positionnée peut réduire la largeur d’un couloir d’évacuation en dessous du seuil réglementaire)
  • La présence ou l’absence de détection incendie à l’intérieur du volume clos (un détecteur de fumée dans l’open space ne couvre pas l’intérieur d’une cabine fermée)
  • La ventilation de la cabine et le risque de confinement de fumées en cas de départ de feu

Les retours terrain divergent sur ce point : certaines commissions de sécurité considèrent les phonebox comme du mobilier et n’exigent rien de particulier, d’autres les traitent comme des volumes clos nécessitant une détection autonome.

Détection incendie et évacuation : les angles morts d’une cabine fermée

Un open space équipé de détecteurs de fumée au plafond répond aux obligations de détection de l’établissement. Quand on y installe une cabine fermée de deux mètres de haut, le volume intérieur de la phonebox échappe au système de détection existant. Si un départ de feu se produit à l’intérieur (court-circuit d’une prise, surchauffe d’un appareil), la fumée reste confinée dans la cabine avant d’atteindre le détecteur le plus proche.

Ce délai de détection peut poser un problème concret. Les cabines acoustiques sont conçues pour bloquer le son, ce qui signifie qu’elles bloquent aussi partiellement la propagation des fumées et des alarmes sonores. Un occupant concentré, portant un casque audio, peut ne pas entendre immédiatement l’alarme d’évacuation du bâtiment.

Certains fabricants intègrent un détecteur de fumée autonome dans la cabine, relié ou non au système de sécurité incendie (SSI) du bâtiment. D’autres proposent un relais d’alarme sonore et visuel à l’intérieur de la cabine. Ces équipements ne sont pas systématiques et ne figurent pas toujours dans les configurations de base.

Positionnement et dégagements

L’emplacement d’une phonebox dans un plateau de bureaux a des conséquences directes sur la sécurité. Une cabine placée devant une issue de secours, dans un couloir d’évacuation ou trop près d’un poteau technique peut créer un obstacle en cas d’évacuation.

La largeur minimale des dégagements dans un ERP dépend de l’effectif. Une cabine qui réduit un passage de quelques dizaines de centimètres peut suffire à rendre l’installation non conforme. Ce point est rarement vérifié au moment de la livraison de la cabine, et souvent relevé lors d’une visite de la commission de sécurité.

Phonebox et sécurité incendie : les vérifications concrètes avant installation

Avant d’installer une cabine acoustique dans un espace professionnel, plusieurs vérifications permettent de limiter les risques de non-conformité :

  • Demander au fabricant les procès-verbaux de classement au feu pour chaque matériau composant la cabine (structure, revêtements, mousses, textiles)
  • Vérifier que l’emplacement prévu ne réduit pas la largeur des dégagements en dessous des seuils réglementaires applicables
  • S’assurer que la détection incendie couvre le volume intérieur de la cabine, soit par un détecteur intégré, soit par une conception qui permet la propagation rapide des fumées vers les détecteurs existants
  • Consulter le bureau de contrôle ou le coordonnateur SSI du bâtiment avant la mise en place, surtout dans un ERP des quatre premières catégories

Le fabricant n’est pas responsable de la conformité réglementaire de l’installation dans le bâtiment. Cette responsabilité incombe à l’exploitant de l’établissement, qui doit s’assurer que chaque élément ajouté dans ses locaux respecte les obligations en vigueur.

Un cadre réglementaire qui reste à préciser

Les phonebox se sont diffusées plus vite que les textes réglementaires ne se sont adaptés. Les données disponibles ne permettent pas de conclure qu’un cadre normatif spécifique émergera prochainement pour ces équipements. En attendant, chaque installation reste un cas particulier, soumis à l’appréciation de la commission de sécurité locale.

L’absence de norme dédiée ne signifie pas absence d’obligation. Les règles générales sur les matériaux, les dégagements et la détection s’appliquent. Une phonebox conforme est une cabine dont chaque composant et chaque aspect de l’installation ont été vérifiés au regard du règlement de sécurité du bâtiment qui l’accueille.

Ne ratez rien de l'actu